15-04-2026 18:45 - Code des investissements 2025 : la Mauritanie modernise son cadre juridique pour renforcer le secteur privé

Code des investissements 2025 : la Mauritanie modernise son cadre juridique pour renforcer le secteur privé

IFC -- L’Afrique dispose de ressources naturelles abondantes, d’une main-d’œuvre en pleine expansion et de capitaux locaux. Mais pour libérer pleinement ce potentiel, un facteur moins visible est essentiel : des règles et des institutions fondées sur l’équité, l’efficacité et la prévisibilité. Sans ce cadre, l’investissement privé s’enlise, quels que soient les atouts économiques.

Pour la Mauritanie — vaste pays doté de riches ressources minières, halieutiques et d’un fort potentiel en énergies renouvelables — une partie de la réponse se trouve dans son cadre juridique.

Toutefois, des dispositifs obsolètes freinent l’afflux de capitaux privés vers des secteurs à fort potentiel comme l’agro-industrie, les énergies renouvelables et les infrastructures, les maintenant dans un état de sous-développement chronique.

Un effort concerté pour transformer le climat d’investissement

En février 2025, le gouvernement a répondu par un vaste train de réformes destine à moderniser l’environnement juridique et réglementaire du pays et à libérer pleinement le potentiel de son secteur privé.

Depuis juillet 2025, 19 projets d’investissement ont été approuvés dans le cadre du Code des investissements 2025, représentant un volume d’investissements déclarés d’environ 120 millions de dollars et la création estimée de 939 emplois directs.

À la demande du ministère mauritanien de l’Économie et des Finances, IFC a accompagné cette transformation majeure en analysant le Code des investissements existant ainsi que les mécanismes d’incitation à l’investissement.

Plusieurs aspects clés ont ainsi été identifiés : un accès au marché incertain, des procédures complexes, des garanties insuffisantes pour les investisseurs, ainsi que la suppression des zones franches et des zones d’exonération fiscale. Autant de failles qui ont mis en lumière la nécessité de réformes visant à renforcer la sécurité juridique, la protection des investisseurs et l’alignement sur les normes internationales.

Le nouveau Code des investissements, moteur de la confiance des investisseurs

« Il nous importait d'être aux côtés du gouvernement mauritanien, en conjuguant ainsi expertise mondiale et priorités locales, pour contribuer à l'élaboration d'un cadre de politiques publiques clair, transparent et prévisible, susceptible d'attirer l'investissement privé et de transformer le potentiel du pays en emplois », explique Sylvain Kakou, responsable des opérations d’IFC pour le Sahel.

En collaboration avec la Banque mondiale et le FMI, IFC a contribué à la révision du Code des investissements et à l’élaboration d’une nouvelle Lettre de politique d’investissement. Ces réformes instaurent un climat d'investissement plus transparent et plus prévisible, de nature à renforcer la confiance des investisseurs et à accroître l'attractivité de la Mauritanie pour le secteur privé.

Cette révision a simplifié les procédures, clarifié les protections accordées aux investisseurs et aligné la législation mauritanienne sur les meilleures pratiques internationales.

Le nouveau Code renforce également les institutions, notamment l’Agence de promotion des investissements en Mauritanie (APIM), qui joue un rôle clé dans l’attraction et la rétention des investisseurs. Enfin, il recense et met en avant les opportunités dans les secteurs les plus prometteurs, afin de constituer un vivier de projets de haute qualité susceptibles d’attirer les investissements et de contribuer à la croissance économique et l’emploi.

Code des investissements 2025 : quelles incitations pour les entreprises ?

Le Code des investissements de 2025 introduit également des incitations fiscales pour appuyer les entreprises souhaitant s'implanter et développer leurs activités en Mauritanie.

« Le nouveau Code des investissements s’inscrit dans la droite ligne des normes internationales et a vocation à accompagner tous les types de projets. »

– Aïssata Lam, ancienne directrice générale de l’APIM

Ainsi, les entreprises qui investissent entre 50 000 et 750 000 dollars bénéficieront d'une taxe sur les importations d’équipements réduite à 3 %, ainsi que de crédits d’impôt sur la formation pouvant atteindre 5 000 dollars par an. Pour les engagements compris entre 750 000 et 5 millions de dollars, les droits de douane sur les équipements importés s'élèveront à 5 %, la TVA sera allégée et les crédits d’impôt sur la formation pourront aller jusqu'à 10 000 dollars.

Des retombées tangibles sont attendues sur les trois à quatre prochaines années, à mesure que le pays opère sa transition d'une économie à dominante commerciale vers une économie tournée vers l'industrie manufacturière.

Si les effets de ces réformes ne pourront être pleinement mesurés qu’avec le temps, les premiers résultats sont déjà perceptibles, avec l’émergence de nouveaux projets et la création de près de mille emplois. Ces premiers résultats témoignent du fort potentiel que recèle la révision du Code des investissements pour mobiliser les capitaux du secteur privé et soutenir la transformation structurelle de l'économie.

« C'est bien plus qu'une simple mise à jour juridique — nous espérons que c'est le début d'une nouvelle ère économique, souligne Maiko Miyake, responsable des services de conseil aux pays et d’analyse économique à IFC.

Cette refonte a été réalisée en tenant compte de l’avis du secteur privé, et elle a le potentiel de produire des résultats probants. Auparavant, les zones d'ombre étaient trop nombreuses pour les investisseurs. Désormais, les règles sont claires, simplifiées et orientées vers leurs besoins. »

Un pas vers la résilience économique

Pour Moustapha Maouloud, conseiller technique chargé du climat des affaires à l’APIM, cette réforme apporte la clarté et la stabilité qui faisaient défaut : « Une refonte complète du Code des investissements a permis d’harmoniser les régimes fiscaux contenus dans le Code afin d’en accroître l’attractivité. Elle a également simplifié les procédures administratives pour un traitement plus rapide des dossiers. De plus, cette réforme a permis d’élargir les secteurs éligibles afin d’augmenter les opportunités d’investissement. Enfin, elle a apporté davantage de garanties et un cadre juridique plus stable pour les investisseurs. » (L’Économiste, juin 2025)

Ces propos reflètent l’objectif central des réformes : instaurer un environnement d’investissement stable, prévisible et attractif, dans lequel les investisseurs peuvent engager leurs capitaux en toute confiance. Un cadre propice qui profite non seulement aux investisseurs, mais qui contribue également à la création d’emplois, à la diversification économique et au renforcement de la résilience — autant de piliers indispensables à la croissance à long terme de la Mauritanie.

Dans cette même logique, la réforme renforce le cadre d’investissement en inscrivant le développement durable comme objectif de politique publique et en imposant la réalisation d’études d’impact environnemental pour les projets éligibles. Elle permet ainsi de mieux aligner la promotion de l’investissement sur les exigences de suivi environnemental et social.

Pour que ces progrès se consolident, une coordination étroite entre les institutions concernées et une prise de décision efficace et bien séquencée seront déterminantes. Cette collaboration permettra de garantir que les objectifs du Code se traduisent par des résultats pérennes qui renforceront toujours plus le climat d’investissement.

« La révision du Code des investissements de 2025 constitue une étape décisive dans l'ambition de la Mauritanie de bâtir un environnement d'investissement transparent, prévisible et compétitif. En renforçant la sécurité juridique, en consolidant la protection des investisseurs et en alignant les incitations sur les meilleures pratiques internationales, ce Code pose les jalons d'investissements durables, à fort impact et créateurs de valeur dans nos secteurs prioritaires.

Au nom de tous les membres de l’APIM, je tiens à exprimer notre sincère reconnaissance à IFC pour son appui financier et technique. La collaboration d’IFC a été déterminante pour mener à bien cette réforme stratégique et pour renforcer la confiance des investisseurs dans le climat des affaires mauritanien. »

—Dr. Tah Ahmed Meouloud, directeur général de l’Agence de promotion des investissements en Mauritanie (APIM)

Une nouvelle ère pour l’économie mauritanienne

Fort de ce nouveau cadre juridique, le pays est bien positionné pour attirer davantage d'investissements. Une fois pleinement mis en œuvre et opérationnel, le Code des investissements 2025 devrait renforcer durablement la confiance des investisseurs et agir comme un véritable catalyseur de diversification économique et de création d’emplois pour les années à venir.

Cette réforme est le fruit d'un effort collectif, mené en étroite coordination avec le Groupe de la Banque mondiale et le FMI de manière à garantir la cohérence technique des réformes réglementaires et budgétaires.

Tirant parti du rôle de « banque des connaissances » du Groupe de la Banque mondiale, cette collaboration a veillé à ce que les meilleures pratiques internationales soient adaptées au contexte mauritanien et intégrées à des règlements d’application pragmatiques, immédiatement exploitables par les investisseurs.

Du côté des autorités mauritaniennes, le projet a été piloté par le ministère des Affaires économiques et l'APIM, avec une forte mobilisation des ministères sectoriels et des consultations régulières avec le secteur privé, garantissant ainsi l'appropriation locale et la pertinence des mesures adoptées.



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Commentaires (2)

  • maham68 (H) 16/04/2026 06:36 X

    Très bonne initiative, mais le véritable goulot d'étranglement demeure la carence des juges Mauritaniens en matière de droit des affaires .

  • ouldsidialy (H) 15/04/2026 23:32 X

    Merci à l'IFC qui arbitre en faveur des travailleurs des pays anciennement industrialisés. La mesure en soi ne dessert pas la Mauritanie ou les pays similaires qui sont de toute façon acheteurs absolus en biens d'équipements. Elle est également neutre pour leurs emplois.

    1) Des tarifs douaniers négligeables pour les biens d'équipement favorisent les exportations de pays industrialisés à coûts salariaux élevés. Les pays émergents offrent des productions industrielles dont la qualité est similaire à celle des industries euro-américaines, mais avec des coûts de production (et de vente) souvent bien plus bas. La baisse des tarifs douaniers calculée sur la valeur export, jointe à la proximité géographique et à l'organisation des circuits commerciaux, vient aider les industries européennes à faire face à la déloyauté de la formation des prix d’exportation de certains pays émergents. Les Européens ont aussi le droit de préserver des emplois industriels chez eux !

    2) À noter que les pays industrialisés – qu’ils soient anciens ou émergés – ont tendance à renoncer unilatéralement aux droits de douane sur les exportations de toutes natures en provenance d'Afrique. Les exportations africaines sont peu chargées en valeurs ajoutées et par conséquent impactent peu le marché du travail des pays industrialisés. La suppression des droits de douane envers l'Afrique aide les industriels de ces pays. Leurs États renoncent à des recettes fiscales sur des marchandises africaines, mais leur volume est modeste. Les États peuvent se rattraper sur les taxations ultérieures des productions nationales valorisées, rendues moins couteuses pour leurs industries par la suppression des droits de douane.