29-07-2026 11:54 - SOS-Esclaves : Lecture fondée sur les droits humains du débat en cours autour de la pétition initiée par des cadres et intellectuels Haratines

SOS-Esclaves : Lecture fondée sur les droits humains du débat en cours autour de la pétition initiée par des cadres et intellectuels Haratines

FUTURE AFRIQUE - L’Organisation SOS-Esclaves exprime son intérêt pour le débat public qui anime la scène nationale ces derniers jours autour de la pétition signée par un groupe de cadres et d’intellectuels Haratines, ainsi que par plusieurs cadres et intellectuels mauritaniens issus des différentes composantes nationales.

Cette pétition contient un ensemble de propositions et de réflexions relatives à la place de cette composante dans l’espace national, parmi lesquelles figure l’appel à la reconnaissance des Haratines comme composante nationale, ainsi que d’autres propositions à caractère constitutionnel et institutionnel.

Tout en saluant l’importance de ce débat et l’intérêt qu’il suscite dans les milieux intellectuels, politiques et médiatiques, l’Organisation souligne que la mise en discussion des grandes questions nationales, quelle que soit leur sensibilité, constitue un indicateur positif de la vitalité de la société et de l’évolution de la conscience démocratique, dès lors qu’elle s’inscrit dans le respect de la Constitution, de la loi, des constantes de l’État, ainsi que des valeurs de paix civile et de coexistence harmonieuse.

L’Organisation estime que l’appel à la reconnaissance des Haratines en tant que composante nationale ne doit pas être interprété comme une revendication de séparation, de discrimination ou de remise en cause de l’unité du peuple mauritanien. Il peut plutôt être compris comme une démarche visant à reconnaître une spécificité historique, sociale et culturelle qui constitue une partie intégrante de la mémoire nationale commune.

Les expériences comparées ainsi que les principes du droit international des droits humains démontrent que la reconnaissance de la diversité et le respect des spécificités culturelles et sociales contribuent au renforcement de l’intégration nationale et à la consolidation des valeurs de citoyenneté égalitaire.

De nombreux instruments internationaux relatifs aux droits humains consacrent le droit des individus et des groupes à préserver et à exprimer leurs identités culturelles et sociales dans le cadre de l’appartenance nationale commune, dans le respect de la souveraineté des États et de l’unité de leurs peuples. Ils favorisent ainsi une participation équitable à la vie publique et renforcent les principes d’égalité et de non-discrimination.

Dans cette perspective, la reconnaissance des spécificités historiques, culturelles et sociales de la composante Haratine n’est nullement incompatible avec le principe d’une citoyenneté inclusive et commune. Au contraire, elle peut constituer un levier pour son renforcement en consolidant le sentiment de justice, de reconnaissance et d’inclusion au sein de la communauté nationale.

De même, la prise en compte des héritages historiques ainsi que des conséquences sociales et psychologiques liées à l’esclavage et à ses séquelles demeure une nécessité nationale, morale et fondée sur les droits humains, contribuant à la construction d’une société plus juste et plus cohésive.

Il est historiquement établi que les Haratines ont été exposés, à différentes périodes de l’histoire du pays, à diverses formes de marginalisation et d’exclusion liées à l’héritage esclavagiste. Les effets de cette période demeurent encore perceptibles, à des degrés divers, dans certains domaines sociaux, économiques et culturels.

Dès lors, toute réflexion sereine et responsable sur les moyens de promouvoir l’inclusion et l’équité en faveur de cette composante doit être perçue comme une contribution à un processus national plus large visant à renforcer la justice sociale, l’égalité des chances et l’unité nationale.

Fidèle à sa mission historique de défense de la liberté, de l’égalité et de la dignité humaine, l’Organisation SOS-Esclaves considère que la reconnaissance du droit à l’expression des spécificités historiques, sociales et culturelles des différentes composantes de la société mauritanienne ne constitue pas une menace pour l’unité nationale.

Elle représente au contraire l’une des conditions nécessaires à son renforcement sur les bases de la justice, de l’équité et de la reconnaissance mutuelle. Une véritable unité nationale ne se construit ni sur le déni de la diversité ni sur l’effacement des mémoires collectives, mais sur leur reconnaissance et leur intégration dans un projet national commun fondé sur la citoyenneté égale et l’État de droit.

L’Organisation souligne également que la déconstruction des stigmates historiques associés au terme « Haratine » et la transformation de cette appellation, longtemps chargée de représentations négatives liées aux souffrances du passé, en symbole de dignité, de fierté et de pleine participation à la construction nationale, constituent une étape positive vers le dépassement de l’exclusion, le renforcement de la réconciliation sociale et la consolidation des valeurs d’égalité consacrées par la Constitution et les instruments internationaux relatifs aux droits humains.

Dans ce contexte, l’Organisation appelle les pouvoirs publics, les élites intellectuelles, les acteurs politiques, les médias ainsi que l’ensemble des forces vives de la Nation à aborder cette initiative dans un esprit de dialogue, d’ouverture et de responsabilité, loin des logiques de stigmatisation, de dramatisation ou des discours susceptibles d’alimenter les tensions et les divisions entre citoyens.

Elle rappelle également que la divergence d’opinions sur le contenu de cette pétition ou sur certaines de ses propositions demeure légitime et naturelle dans toute société démocratique. Toutefois, ces divergences ne doivent en aucun cas servir de prétexte à la diffusion de discours de haine, à la stigmatisation ou à l’atteinte à la dignité d’une quelconque composante de la société. Un débat national sain repose sur l’échange d’idées, le respect mutuel et la reconnaissance du droit de chacun à exprimer pacifiquement ses opinions et ses aspirations.

L’Organisation SOS-Esclaves invite enfin l’ensemble des citoyens à considérer ce débat comme l’expression d’une évolution positive de la conscience nationale, de la maturité du débat public et de la confrontation constructive des idées autour des questions de justice, de citoyenneté et d’inclusion, et non comme un facteur de crainte, d’inquiétude ou de division. Les sociétés fortes sont celles qui ont le courage d’aborder leurs défis avec sincérité et responsabilité, et de rechercher des solutions à travers le dialogue, la compréhension mutuelle et le respect réciproque.

Une Mauritanie forte et unie est une Mauritanie qui accueille toutes ses filles et tous ses fils, reconnaît la richesse de ses différentes composantes historiques, culturelles et sociales, et garantit à chaque citoyen la dignité, l’égalité et le plein sentiment d’appartenance. Le renforcement de la confiance entre l’État et les différentes composantes de la société, ainsi que le traitement des injustices héritées du passé dans un esprit de justice et d’équité, constituent des fondements essentiels pour consolider l’unité nationale, la paix sociale et le développement durable.

En conséquence, l’Organisation SOS-Esclaves considère que le débat suscité par cette pétition doit être appréhendé comme une opportunité d’enrichir le dialogue national et d’approfondir la réflexion collective sur les moyens les plus appropriés pour promouvoir l’égalité citoyenne, la justice sociale et la cohésion nationale.

Il ne doit pas être perçu comme une source de peur ou de division, mais comme une occasion de renforcer la confiance mutuelle et la compréhension entre les différentes composantes de la société mauritanienne.

Nouakchott, le 28 juillet 2026

Le Bureau Exécutif





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